Ici Londres – Interview de Albin Serviant par Leila Lamnaouer

By FrenchConnect London, 15 Feb 2017

 

START-UP : PARIS ESPÈRE BIEN RAVIR LA PREMIÈRE PLACE À LONDRES, MAIS CE N’EST PAS ENCORE GAGNÉ !

 

Albin Serviant, co-fondateur de French Connect Londonregroupant les entrepreneurs français les plus influents et les plus grands investisseurs de la Tech Industrie de la capitale anglaise, et responsable du FrenchTech Hub Londonien, reconnaît qu’il y a bien une poussée parisienne. “Paris détrône Londres en nombre de créations de start-up mais pas en valorisation. Le fait qu’il y ait plus de start-up en France est indéniablement un grand progrès et un signe fort de la vitalité du pays quant à sa capacité à innover. C’est une bonne nouvelle pour l’emploi : la progression des emplois dans le numérique a été  de 30% entre 2016 et 2015, une large majorité en CDI”. Phénomène nouveau selon lui ? “Non, mais il s’accélère depuis quelques temps pour plusieurs raisons conjoncturelles et structurelles initiées dans les années 2000″.

“Un retard comblé”

La présence d’une nouvelle génération d’entrepreneurs aurait largement contribué à cette montée en puissance. Albin Serviant cite par exemple Xavier Niel, Marc Simoncini, Pierre Chappaz, Pierre-Francois Grimaldi & Marc Piquemal, Gilles Babinet, Thierry Petit et bien d’autres encore… “Ces personnes sont maintenant des exemples et un espoir pour une nouvelle génération de diplômés, qui ont envie de prendre des risques. A la sortie d’une école de commerce ou d’une école d’ingénieurs, on parle maintenant plus de création de start-up que d’une carrière ronronnante dans des grands groupes. Si la France avait du retard dans le domaine par rapport à l’Angleterre, on peut convenir qu’il est maintenant comblé”.

D’autres raisons ont aidé à cette progression de la capitale française. “Des mesures structurelles d’aide à la création d’entreprise sont venues accompagner et soutenir cette évolution. JEI (créé par la loi de finances pour 2004), CIR (2004), statut d’auto-entrepreneur (2008), ISF PME mais aussi des évolutions de code du travail vers plus de flexibilité (rupture conventionnelle en 2008)  etc. … renforcées par la suite par une politique volontariste de la BPI (banque publique d’investissement) chargée de soutenir les PME et entreprises de taille intermédiaire et les entreprises innovantes, en appui des politiques publiques de l’Etat”.

La FrenchTech a joué son rôle

La naissance de la FrenchTech, initiée en 2013 par l’ancienne ministre au numérique, a également apporté sa pierre à l’édifice. “La French Tech, au-delà d’un marketing bien affûté, c’est aussi de l’investissement du PIA (plan d’investissement d’avenir de 2008) dans des accélérateurs de startups. Des initiatives récentes (visas specifiques, FrenchTech Ticket Programm par exemple) ont été prises pour renforcer l’attractivité de la France pour des entrepreneurs étrangers”.

Mais Albin Serviant met un bémol sur cette situation idyllique. “Si la France crée maintenant plus de start-up que l’Angleterre, force est de constater que le  taux de mortalité reste plus élevée qu’en Angleterre (95% après 2 ans contre 75% en Angleterre) par manque de financement pour transformer ces start-up en véritable “scale up”  pour devenir les entreprises du CAC 40 du futur.  Le fait que le bas de la pyramide de créations des start-ups s’élargisse est une excellente nouvelle, mais il faut encore en renforcer la partie haute. Une étude du Cercle Outre-Manche soulignait en juin 2016 que le nombre de “Business Angels” en Angleterre était 4 fois supérieur à celui en France. On peut par ailleurs voir l’impact du succès des systèmes de défiscalisation anglais qui permettent depuis 1994 d’investir dans des entreprises, des montants plus élevés (jusqu’à 1 million contre 50 000 en France) avec des incitations fiscales fortes de 30% à 50% des montant investis”.

Brexit? Quel Brexit?

Et le Brexit dans tout ça ? “Il est encore difficile d’évaluer l’impact du Brexit tant le timing et le processus reste encore flou. En attendant, on peut suspecter que le pragmatisme légendaire les incitera à renforcer les mesures d’attractivité pour attirer les start-up en quête d’internationalisation. Pour le moment, on ne constate pas de phénomène de retour de start-up vers la France”, conclut Albin Serviant.

 

Leila Lamnaouer

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